CASTRO FACE AU MONDE
Fidel Castro lors d'un de ses discours sur le socialisme sur la Place de la Révolution.
À la fin de 1975, le gouvernement marxisme d’Angola est menacé par une offensive de l’Afrique du Sud qui appuie l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (UNITA).
À la demande de Moscou Cuba dépêchera des troupes sur place, lesquelles joueront un rôle déterminant dans la victoire du régime en place. En novembre, les États-Unis révélaient la présence de troupes cubaines en Angola, ayant alors calculé que Cuba avait envoyé 15 000 hommes. Les contacts entre la Révolution cubaine et le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA) s’était établis pour la première fois en août 1965, alors que Che Guevara participait aux guérillas du Congo, et avaient été intenses depuis. L’Angola a demandé l’envoi d’un groupe d’instructeurs pour fonder et diriger quatre centres d’entraînement militaire. Bien que le MPLA, fondé en 1956, fût le plus ancien mouvement de libération de l’Angola, il était cependant celui qui se trouvait dans la situation militaire la moins avantageuse, disposant d’armement soviétique, mais pas du personnel apte à s’en servir.
L'aide de Fidel
Cette guerre allait être difficile pour Cuba, le dernier soldat cubain quitta l’Angola en 1991, mais la guerre civile prit seulement fin en 2002.
Fidel n’a jamais hésité à répondre activement aux demandes d’aides de révolutionnaires socialistes dans les pays opprimés par la dictature de droite ou l’envahissement impérialiste. L’Angola n’était pas le premier pays à quémander son aide. L’Algérie même avant que la révolution ne proclame son caractère socialiste, Cuba avait déjà prêté une aide considérable aux combattants du FLN dans leur guerre contre le colonialisme français. Alors que Cuba était dévasté par le cyclone Flora, un bataillon de combattants internationalistes cubain est parti défendre l’Algérie contre le Maroc.
Il n’y a eu aucun mouvement de libération africain qui n’a pas compté sur la solidarité de Cuba, que ce soit en matériel ou en armement, ou dans les formations de techniciens et de spécialistes militaires et civils. Le Mozambique dès 1963, La Guinée-Bissau depuis 1965, le Cameroun et la Sierra Leone ont demandé à quelques reprises (et obtenu d’une manière ou d’une autre) l’aide de Cuba.
Che Guevara garde contact avec Fidel
Che Guevara est resté au Congo d’avril à décembre 1965. Non seulement entraînait-il des guérilleros, mais il les dirigeait aussi au combat et luttait à leurs côtés. Ses liens personnels avec Fidel Castro, sur lesquels on n’a temps spéculé, ne se sont jamais affaiblis. Leurs contacts ont été permanents et cordiaux, à travers des systèmes de communications très efficaces. L’action solidaire de Cuba en Angola n’a pas été un acte impulsif et fortuit, mais bien une conséquence de la politique continue de la Révolution cubaine en Afrique. Sauf qu’un élément nouveau et dramatique intervenait dans cette délicate décision d’intervenir en Angola. Cette fois, il ne s’agissait pas simplement d’envoyer une aide possible, mais d’entreprendre une guerre régulière à grande échelle. À 10 000 kilomètres de distance, avec un coût économique et humain incalculable et des conséquences politiques imprévisibles.
À la défense des opprimés
le Che est resté au Congo d'avril à décembre 1965.
Opération Carlota
La possibilité de voir les États-Unis intervenir ouvertement et non par l’intermédiaire de mercenaires et de l’Afrique du Sud, comme ils l’avaient fait jusqu’à maintenant, était sans doute l’une des énigmes les plus inquiétantes. D’autre part, Fidel Castro était sûr de pouvoir compter sur la solidarité de l’URSS et d’autres pays socialistes, mais il était aussi conscient des implications de son action sur la politique de coexistence pacifique et la détente internationale.
L’action solidaire en Angola a été baptisée Opération Carlota. Contrairement à ce qui a été dit et répété, ce fut un acte indépendant de Cuba et c’est après et non avant d’être prise que cette décision fut notifiée à l’Union soviétique. L’Opération Carlota a commencé par l’envoi d’un bataillon renforcé de troupes spéciales composées de 650 hommes. Ils ont été transportés par avion sur des vols successifs durant treize jours de la section militaire de l’aéroport José Marti jusqu’à l’aéroport de Luanda, toujours occupé par les troupes portugaises. Sa mission spécifique était d’enrayer l’offensive pour que la capitale angolaise ne tombe pas entre les mains des forces ennemies avant le départ des Portugais, puis de tenir la résistance jusqu’à ce que les renforts arrivent par mer. La presse cubaine, par mesure de sécurité, n’avait rien publié sur la participation en Angola.
Les Cubains qui se sont engagés volontaires, et il n’y a pas de doute que l’immense majorité est partie en Angola avec la pleine conviction d’accomplir un acte de solidarité politique, avec la même conscience et le même courage avec lesquels quinze ans plus tôt, ils avaient repoussé le débarquement de Playa Giron. Pour cette raison l’Opération Carlota ne fut pas qu’une simple expédition de militaires professionnels, mais une guerre populaire. Pendant neuf mois la mobilisation de ressources humaines et matérielles fut toute une épopée de témérité. Mais cette guerre allait éprouver Fidel et son peuple. Les difficultés étaient dues, en premier lieu, au formidable pouvoir de feu de l’ennemi, qui déjà à cette époque avait reçu des États-Unis plus de 50 millions de dollars d’aide militaire. Elles étaient dues aussi au retard avec lequel l’Angola avait sollicité l’aide cubaine, et à la lenteur forcée du transport des ressources. Et finalement aux conditions de la misère et du retard culturel laissés en Angola par un demi-millénaire de colonialisme sans âme. Plus que les deux premiers, c’est ce dernier point qui a le plus entravé l’intégration décisive des combattants cubain et du peuple armé d’Angola.
Les soldats cubains envoyés en Angola étaient des volontaires.
La participation de Castro
Fidel Castro était personnellement au courant du moindre détail de la guerre. Il avait assisté au départ de tous les bateaux, et avant de partir avait harangué les unités de combattants dans le théâtre de La Cabana. Il était allé chercher les commandants du bataillon des troupes spéciales parties dans les premiers vols, et les avaient accompagnés jusqu’à la passerelle de l’avion. Pilotant lui-même sa jeep soviétique.
Au début de la guerre, alors que la situation était oppressante, Fidel Castro est resté jusqu’à 14 heures d’affilée dans la salle de commandement de l’État-major, et parfois sans manger ni dormir, comme s’il était en campagne. Il a suivi les incidents des batailles avec des épingles de couleur sur des cartes minutieuse aussi grandes que les murs et est demeuré en communication permanente avec les hauts commandements du MPLA, sur un champ de bataille où tout se déroulait avec six heures de décalage.
Quelques unes de ses réactions, en ces journées incertaines, révélaient sa certitude de la victoire. Sa concentration sur la guerre était intense et si méticuleuse qu’il pouvait énoncer des chiffre concernant l’Angola comme s’il s’était agi de Cuba et parlait de ses villes, de ses habitants comme s’il avait vécu là-bas toute sa vie. Au début de mars, le Front Nord fut libéré par la déroute des mercenaires anglais et gringos que la C.I.A., avait recrutés en sous-mains à la dernière minute dans une opération désespérée. À partir du 15 mars, la débandade des troupes d’Afrique du Sud commença.
Castro en compagnie de trois dirigeants africains : Sekou Touré (Guinée-Conakry), Agostinho Neto Angola) et Luis Cabral (Guinée-Bissau).
Victoire
Fin mai Henry Kissinger à rendu visite au premier ministre suédois Olof Palme à Stockholm et à l’issu de la visite, il a déclaré à la presse mondiale en jubilant que les troupes cubaine avaient évacué l’Angola. On a dit que l’information se trouvait dans une lettre personnelle que Fidel Castro avait écrite à Olof Palme. La joie de Kissinger était compréhensible. Parce que le retrait des troupes cubaines lui enlevait un poid en raison de l’opinion des États-Unis, qui était agitée par la campagne électorale. En réalité, Fidel Castro n’avait envoyé aucune lettre à Olof Palme à cette occasion.
Se libérer des chaînes soviétiques
Le plan d’évacuation des troupes cubaines d’Angola avait en fait été décidé par Fidel Castro et Agostinho Neto durant leur entrevue du 14 mars à Conakry. Alors que la victoire était déjà certaine. Ils avaient décidé que le retrait serait graduel, mais que les Cubains resteraient en Angola le temps nécessaire pour organiser une armée moderne et forte qui serait capable de garantir la sécurité intérieure et l’indépendance du pays sans l’aide de personne.
Le retour triomphant des mercenaires cubains a rehaussé le moral du peuple cubain et le prestige de Fidel, les cubains sans grande passion sentaient que la vie les dédommageait de tant d’années de revers un injustes. En 1970, lors de l’échec de la Zafra des 10 millions, Fidel Castro avait demandé au peuple de transformer la défaite en victoire. Mais en réalité, les Cubains le faisaient déjà depuis un long moment avec une conscience politique tenace et une force morale à toute épreuve. En effet, depuis la victoire de Giron, il y avait plus de quinze ans, ils avaient dû digérer les dents serrées l’assassinat de Che Guevara en Bolivie et celui du président Salvador Allende lors de la catastrophe du Chili; ils avaient subi l’extermination des guérilleros en Amérique Latine, la nuit du blocus, et tant d’erreurs du passé qui les ont menés au bord du désastre. Tout cela, en marge des victoires irréversibles, mais lentes et ardues de la Révolution, a su créer chez les Cubains la sensation d’une suite de châtiments immérités. L’Angola leur a enfin donné la joie de l’immense victoire dont ils avaient tant besoin.
Le corps d’Ernesto Guevara à la morgue en Bolivie.
Le grand retour
Moscou se porte au secours de l’Angola, le gouvernement de gauche dirigé par le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), fait face à une large offensive de l’Afrique du Sud et de l’UNITA, un mouvement de guérilla pro-occidental soutenu notamment par les États-Unis. Ne voulant pas intervenir directement, l’URSS demande à son allié cubain de le faire, tout en assumant les coûts de l’opération dont un pont aérien qui sert à transporter 36 000 soldats cubains en Angola.
Ces troupes arrêtent l’offensive de l’UNITA. L’intervention cubaine ne se limite pas à l’Angola. Un contingent de conseillers est également envoyé au Mozambique en 1975, et en Éthiopie en 1977 afin de venir en aide à un gouvernement de gauche. Des Cubains épaulent aussi les forces de Robert Mugabe en Zambie et entraînent des membres du Congrès national africain en Rhodésie. Entre 1975 et 1989, on évalue à plus de 2000 le nombre de Cubains qui perdront la vie en Afrique. La Havane apportera également une aide économique et médicale à ses alliés du Continent noire.
En 1982, par exemple. 10 000 travailleurs de la construction serviront en Angola. Des écoles secondaires seront même construites à Cuba pour former des étudiants angolais, éthiopiens et mozambicains. Les Cubains joueront un rôle majeur en Afrique pendant la guerre froide. En tout, 500 000 d’entre eux seront impliqués d’une façon ou d’une autre. Cette présence prendra fin avec l’effondrement du bloc communiste à la fin des années 1980.
La solidarité (révolutionnaire)
Nous sommes le 10 janvier 1989, le mur de Berlin n’est pas encore tombé, mais la guerre froide est pratiquement terminée. Sur le tarmac de l’aéroport de Luanda, un premier contingent d’environ 300 Barbudos s’apprête à rejoindre la Havane à bord de trois Iliouchine, et les soldats ne dissimulent pas leur émotion. Les adieux chaleureux et les grandes accolades entre frères d’armes cubains et angolais montrent que la solidarité révolutionnaire n’est pas qu’un simple argument de propagande. Près de 50 000 hommes vont ainsi peu à peu regagner leur île. En 13 ans tout près de 310 000 soldats cubains sont venus combattre en Angola, au moins 5000 d’entre eux y ayant trouvé la mort.
Après la guerre, des écoles secondaires seront construites à Cuba pour former des étudiants angolais, éthiopiens et mozambicains.
Pour Castro, qui espère s’affranchir en partie de la tutelle de Moscou grâce aux richesses du sous-sol angolais, c’est un triomphe. En se posant en libérateur, du Tiers-monde, le Lider Maximo se donne toutes les chances d’accéder à la présidence triennale du Mouvement des non-alignés. Mais les ambitions internationalistes de La Havane restent largement tributaires du soutien de l’URSS. Le 22 décembre 1988, l’Angola, Cuba et l’Afrique du Sud signent à New-York, sous l’égide des Soviétiques et des Américains, un accord aboutissant au retrait des troupes cubaines d’Angola. En juillet 1991, quelques mois avant l’effondrement définitif de l’URSS, le dernier soldat cubain quitte le sol angolais. Mais la guerre civile angolaise n’est pas pour autant finie.
Fidel Castro était personnellement au courant du moindre détail de la guerre. Sa concentration sur la guerre était si métuculeuse qu’il pouvait énoncer des chiffres concernant l’Angola comme s’il s’agissait de Cuba.
Mais il faudra attendre en 2002 et la mort au combat de Jonas Savimbi pour que le pays retrouve enfin la paix. Ce qu’on retient, c’est que Castro a l’intention, à moyen terme de diriger seul la destinée de son île. On sait désormais que La Havane a mis l’URSS de l’époque devant le fait accompli, après l’avoir informée par télégramme spécial du début de son initiative. Moscou ne télécommanda rien; elle dut prendre le train en marche. En traînant les pieds, sans aucun doute, mais l’URSS comprend que Castro ne sera pas une marionnette entre leurs mains.